Impact de l'Activité Physique adaptée (APA) sur la dynamisation du processus d'intégration des personnes dont les besoins spécifiques (PBS)
Rachid BOUKRAA
Formateur de l’APA au CNFPH de
Constantine
Je vous présente quelques cas d’intégration sociale réussie à travers la pratique de l’Activité Physique et le Sport, malgré les difficultés qu’ils ont rencontrées sur leur trajet.
- Faouzi BELLAL
- Nadia MADJMADJ
- Abdelâali AYACHE
- Karim BETINA
Faouzi BELLAL
Un IMC (T37) et handicap moteur, âgé de 34 ans actuellement éducateur sportif.
A partir d’une hospitalisation à Marseille (France) où il a pris goût aux sports dans les années 80. Il rentre en Algérie et adhère à une association sportive à Constantine en 1992 où il débutera une carrière de haut niveau et riche en résultats, avec des perspectives il devient éducateur sportif en prenant en charge des jeunes handicapés dans sa spécialité qui est l’athlétisme.
- Plusieurs titres et médailles dans différents championnats d’Afrique, Jeux Méditerranéens, jeux paralympiques, championnats du monde, etc.
Nadia MADJMADJ
- Handicap Moteur (F57)
- Âgée de 30 ans, administrateur.
- A pratiquée l’athlétisme pendant plusieurs années avant son accident.
- Plusieurs titres et médailles aux championnats d’Afrique, d’Algérie, aux jeux méditerranéens d’athlétisme, championnats du monde et jeux paralympiques.
- Médaille d’OR à Athènes (Grèce) 2004.
Abdelâali AYACHE
- Handicap moteur (F55)
- Âgé de 36 ans
- Profession : Standardiste
- A débuter la pratique sportive en 1978 après une hospitalisation en France où il a pris goût au sport. Il adhère à l’association sportive « El-Moustakbal » en 1982, puis à l’association « Massinissa »
- Plusieurs titres et médailles dans différentes compétitions d’Algérie, d’Afrique, Arabe, jeux méditerranéens et jeux paralympiques.
Karim BETINA
- Handicap moteur (F32)
- Âgé de26 ans
- Profession : Avocat 2004
- Débutant les activités physiques et sportives à l’âge de15 ans, en adhérant à l’association sportive « Massinissa » du Khroube (Constantine)
- Plusieurs titres et médailles dans les différentes compétitions de niveau national et international.
- Médaille d’OR à Athènes (Grèce) 2004
Constatations du terrain
Certaines observations notées par nos stagiaires et certains professionnels du secteur montrent que l’enfant et l’adolescent vivent mal le fait de se trouver à l’écart de toutes pratiques physiques organisées et régulières. Lorsque l’occasion se présente de ne plus être à côté, d’être comme les autres, ils vont chercher dans la pratique sportive à nier cette différence, à trouver une nouvelle identité par un entraînement régulier ; l’image qu’ils donneront en tant que « sportifs » voudra cacher celle qu’ils ressentent comme « handicapés ».
L’activité, les résultats obtenus les font sortir des statuts et rôles qui leurs sont habituellement assignés. Ce nouveau regard posé sur eux, va donner une nouvelle façon de se percevoir, de se valoriser.
Dans ce sens, l’APA peut se révéler riche d’enseignement sur les réactions de l’enfant de l’adolescent lui-même dans la réussite comme dans l’échec. A la seule condition qu’on veuille bien prêter de réelles possibilités et qu’on leurs donnent les moyens et les structures pour les exprimer.
Idiologie d’inclusion
Actuellement l’idiologie de l’inclusion est basée sur deux discours : Le médical dans une perspective de réadaptation, de rééducation par exemple, et le social qui crée un lien dans l’unité bipolaire individu environnement. On voit donc deux perspectives dans la réalisation de l’intégration :
1.Permettre à l’individu de réaliser les activités des valides.
2.Établir des réseaux sociaux.
On s’oriente aujourd’hui vers l’établissement de réseaux sociaux et l’échelle d’intégration qui fait partie des rôles de survie décrit par WOOD, le précise dans sa définition : 2.Établir des réseaux sociaux.
« L’intégration sociale est la capacité d’un individu de participer aux relations sociales habituelles et de les maintenir ».
1.L’APA va répondre à deux objectifs :
2.Réduire les situations handicapantes.
3.Réduire les facteurs de production du handicap.
2.Réduire les situations handicapantes.
3.Réduire les facteurs de production du handicap.
Rôle de l’institution spécialisée
Les établissements spécialisés ont pour mission de favoriser l’épanouissement, la réalisation de toutes les potentialités intellectuelles, affectives et corporelles.
L’APA est chargée d’opérationnaliser ces objectifs généraux à travers des conduites motrices signifiantes culturellement pour les bénéficiaires et leur environnement. Contribue efficacement à faciliter l’intégration dans les différents domaines de la vie, concrétisée par une participation optimale à la vie familiale, scolaire, professionnelle et sociale.
La médiation des intervenants
Tout intervenant a un rôle de médiation, assurant un accompagnement de ses PBS pour accéder à un degré minimal de réussite et d’acquisition de progrès, ce qui facilitera une intégration réelle.
Le programme TEACCH de Gary MESIBOV (USA), insiste sur l’importance de l’APA pour les enfants autistes. Il souligne l’intérêt pour le développement de nombreuses compétences : « Elle conduit à une amélioration des capacités physiques et offre un moyen de développer les relations interindividuelles ».
L’APA peut-elle répondre à la demande ?
1.Toute activité physique qu’elle soit ou non codifiée (réglementée), met en jeu le corps dans sa globalité :
2. Un moyen thérapeutique privilégié, permettant un travail relationnel médité par le corps ; complément facilitant une adaptation aux différentes situations dans la vie.
3.Un moyen d’expression, elle permet de créer un langage corporel.
4.Un moyen pour améliorer et renforcer la santé, développe et maintien les grandes fonctions de l’organisme.
5.Un moyen de s’épanouir et une chance de lutter contre la sédentarité.
L’apport du concept APA
Elle se fixe un objectif comme l’épanouissement, des aptitudes de la personnalité des personnes ayant des besoins spécifiques (PBS) au travers d’une relation d’aide. Elle ne peut appréhender le corps d’une façon unitaire et isolé de son contexte naturel et qui est situé toujours dans rapport l’environnent matériel et dans un réseau d’échange et de communication. Elle vise, le développement des potentialités dans tous les domaines du sujet concerné offrant des services diversifiés répondant à une demande particulière.
Elle vise le développement des potentialités dans tous les domaines du sujet concerné. Les finalités qu’elle vise, l’autonomie motrice et le développement des relations sociales. Elle peut jouer un rôle important dans la dynamisation du processus d’intégration des PBS ; si elle occupe une place de choix dans les programmes éducatifs et thérapeutiques des établissements spécialisés.
La contribution de l’APA…
L’APA contribue à l’intégration sociale en permettant à chacun, quelles que soient ses capacités du moment, de pouvoir trouver un lieu d’accueil et des activités adaptées à sa situation personnelle. Les personnes en situation de handicap social (désavantage social selon la nomenclature de (WOOD), trouvent dans la pratique des APA, le moyen d’utiliser leur corps en plus comme outil de communication…
A travers la valorisation, la reconnaissance du pouvoir de faire (je suis capable), la reconnaissance des capacités par autrui (il est capable), l’individu va entamer un processus dynamique de changement favorable à son développement personnel. La démarche utilisée dans le traitement de l’APA, s’inscrit dans la prise en compte des aptitudes en coordonnant quatre actions :
a/ Situer l’individu dans un processus d’intégration (évaluation des situations d’interaction de l’individu avec le milieu)
b/ Organiser la pratique des APA afin de vérifier le schéma suivant : de l’institution spécialisée au club de milieu valide.
c/ Partir, quelle que soit la déficience ou l’incapacité qui a été à l’origine de certaines situations handicapantes, de ce que l’individu est capable de faire.
Proposer des situations agissantes (didactiques et pédagogiques) qui réunissent, à travers l’aménagement de l’espace et des consignes données : b/ Organiser la pratique des APA afin de vérifier le schéma suivant : de l’institution spécialisée au club de milieu valide.
c/ Partir, quelle que soit la déficience ou l’incapacité qui a été à l’origine de certaines situations handicapantes, de ce que l’individu est capable de faire.
1. Une possibilité pour pouvoir s’exprimer.
2. Une possibilité pour pouvoir choisir.
3. Une possibilité pour pouvoir expérimenter.
4. Une possibilité pour pouvoir évoluer.
2. Une possibilité pour pouvoir choisir.
3. Une possibilité pour pouvoir expérimenter.
4. Une possibilité pour pouvoir évoluer.
Les conditions pour engager le processus
Si l’inclusion totale dans les milieux « ordinaires » et de loisirs « sportifs » ne concerne qu’un petit nombre de personnes ayant des besoins spécifiques, une intégration partielle peut être envisagée pour la plupart de ces enfants, adolescents et adultes, qui sont capables de participer, à leur niveau, avec d’autres, à une vie de loisirs « sportifs »
Toutefois, la mise en œuvre de ces actions ne peut se réaliser qu’à condition que les barrières sociales et psychologiques soient franchies, non seulement par les structures d’accueil (milieu familial, associatif, éducatif, etc.), mais aussi par les structures dites ordinaires susceptibles de recevoir ces personnes par les autres dits « valides »
A préparer le milieu spécialisé.
Il est nécessaire d’engager, dans ce milieu, une lutte continue contre les résistances. Bien souvent, en remplace l’ensemble des caractéristiques de la PBS par une référence exclusive à sa difficulté « Il est handicapé profond, il est comme ça, on n’y peut rien »
Promouvoir l’Activité Physique Adaptée, c’est se préparer à « perdre » le handicap en y gagnant l’intégration (à la recherche d'une compensation)
C’est d’amener les « autres » à accepter la différence : L’inclusion sociale ne peut se réaliser que si la pratique physique n’est pas uniforme, mais diverses, dans laquelle la pleine participation est devenue l’essentiel.
Espaces d’échanges et partenariat.
L’association sportive de l’institution spécialisée va permettre une facilité d’échanges entre clubs sportifs des « handicapés » et clubs sportifs des « valides ». Le club dans l’institution spécialisée est une grande porte ouverte vers le milieu social naturel, mais l’inconvénient est que celui-ci (club) ne peut contenir suffisamment ou la totalité des bénéficiaires, ce qui ne peut que favoriser la création d’une sorte de ségrégation et d’exclusion des autres pensionnaires dans l’institution elle-même.
La fausse intégration
Il est impératif d’éviter à ses personnes dont les besoins spécifiques une fausse intégration dans le milieu « ordinaire » par la simple présence physique dans l’espace de jeu. L’implication doit être totale et continue, jusqu’à sa vraie intégration.
La réalité sur le terrain
- Absence de l’activité physique adaptée au sein des institutions et services spécialisés ne date pas d’aujourd’hui.
- Absence d’infrastructure adéquate pour la pratique régulière de toutes activités physiques et sportives.
- Absence de l’encadrement spécialisé (Animateur) et formé pour cette population dans ce domaine.
- Absence d’un guide technico-pédagogique facilitant la vulgarisation de cette discipline.
- Absence d’une circulaire rendant obligatoire la pratique de l’APA au sein des établissements spécialisés.
Jusqu’à ce jour l’activité physique adaptée n’est pas intégrée dans les programmes d’enseignement et de prise en charge au niveau de ses établissements spécialisés dépendants du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale. Ce qui est le contraire des établissements d’enseignement dépendants du Ministère de l’Éducation Nationale où elle est obligatoire pour tous les élèves scolarisés.
Ce statu quo ne fait qu’encourager l’exclusion et la marginalisation de cette population.
Le processus d’inclusion des PBS
L’inclusion ne peut se construire que dans l’interaction sujet/groupe, interaction qui doit satisfaire les deux protagonistes.
Donner à la PBS un espace de parole et la possibilité de choisir lui-même le groupe d’appartenance auquel il aspire. Les « sportifs » engagés dans les compétitions sportives éprouvent des sentiments en tant que sujets-acteurs de ces manifestations.
Il est indispensable aujourd’hui de donner aux PBS une possibilité de s’exprimer et de s’épanouir dans des espaces « spécialisés » et « ordinaires » qui seront des espaces de parole où ils seront écoutés et considérés. Jusqu’à ce jour l’activité physique adaptée n’est pas intégrée dans les programmes d’enseignement et de prise en charge au niveau de ses établissements spécialisés dépendants du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale. Ce qui est le contraire des établissements d’enseignement dépendants du Ministère de l’Éducation Nationale où elle est obligatoire pour tous les élèves scolarisés.
Ce statu quo ne fait qu’encourager l’exclusion et la marginalisation de cette population.
Le processus d’inclusion des PBS
L’inclusion ne peut se construire que dans l’interaction sujet/groupe, interaction qui doit satisfaire les deux protagonistes.
Donner à la PBS un espace de parole et la possibilité de choisir lui-même le groupe d’appartenance auquel il aspire. Les « sportifs » engagés dans les compétitions sportives éprouvent des sentiments en tant que sujets-acteurs de ces manifestations.
Cette possibilité de va et vient entre des structures qui permettent d’établir, à son niveau d’aspiration, des situations d’interactions sociales valorisantes doit être envisagée et organisée en concertation avec tous les partenaires, concertation guidée par les intérêts et les désirs des PBS.
A créer des structures passerelles accueillant ses personnes dans la vie ordinaire. Ce qui ne peut être sans difficultés qui semblent dépendre des conditions d’environnement (répartition dans les lieux d’accueil, espace d’accueil, etc.) de l’ampleur des différences et « degrés de handicap», de la préparation et de l’information de l’encadrement d’accueil.
Pour ses sujets, la pratique avec les « valides » peut devenir un « parcours initiatique ». Cette stratégie facilitera grandement une véritable insertion sociale qui ne peut se limiter au loisir sportif ou culturel, et doit également prendre en considération les aspects socio-professionnels.
Le processus d’inclusion sociale se fera à partir de ce changement dans la vie institutionnelle (Centre de prise en charge, association, école spécialisé, etc.).
L’individu va entamer un processus dynamique de changement favorable à son développement personnel. Ce qui va lui permettre incontestablement de vivre pleinement dans un meilleur état de santé physique, et lui facilité au mieux son insertion et son intégration dans la vie normale.
Les recommandations
1.Introduire l’APA dans le projet des établissements spécialisés.
2. Ouvrir l’institution spécialisée sur l’extérieur.
3.Confection d’un guide technoco-pédagogique.
4. Réfléchir à une éventuelle formation de formateurs.
5. Ouvrir un bureau de l’APA auprès du ministère.
6.Doter les nouveaux projets d’infrastructures sportives.
7. Conception d’une fiche technique des besoins et l’aménagement des espaces.
8.Ouvrir un axe de recherche dans le domaine.
9.Rendre obligatoire la pratique dans les établissements spécialisés.
10. Créer une convention avec le MJS pour l’affectation du personnel.
Perspectives
Notre souci, c’est la vulgarisation de la pratique de cette merveilleuse activité pédagogique qui est l’APA au sein des établissements et services de prise en charge des PBS à travers tout le territoire Algérien.
La vulgarisation, c’est permettre à toutes les personnes dont les besoins spécifiques, d’arriver à une pratique régulière et adaptée à leurs besoins particuliers.
Leur donner la possibilité de jouer; c’est-à-dire s’exprimer et s’épanouir comme tout autres personnes.
Nous voulons sensibiliser les différents intervenants directes ou indirectes auprès de cette population, soient au sein même des établissements spécialisés ou au sein des associations à caractère social et culturel.
Il est évident que l’inclusion des PBS dans les structures scolaires, associatives, professionnelles ne pourra se faire s’il n’existe pas une volonté de préparation en amont (établissements spécialisés, parents) et en aval (écoles, associations ordinaires).
Une autre condition indispensable, c’est la présence effective de l’APA dans le projet institutionnel.
La formation d’animateurs en APA et le recyclage des éducateurs qui souhaitent animer; en collaboration avec les ministères concernés (MEN, MJS, MES, etc.)
Le dispositif de protection…
Loi n°02-09 du 8 mai 2002 relative à la protection et à la promotion des personnes handicapées dans son article 3 alinéa 8 : « de créer les conditions permettant de promouvoir les personnes handicapées et d’épanouir leur personnalité, notamment celles liées au sport, aux loisirs et à l’adaptation à l’environnement ».
La loi n° 04- 10 du14 Août 2004 relative à l’éducation physique et aux sports. Dans ses articles 9 et 10 « La pratique de l’EPS est obligatoire dans les établissements spécialisés »
Merci à vous tous d’avoir suivi avec intérêt ce thème qui peut être développer avec la collaboration effective de certains intervenants qui veulent s'impliquer réellement dans le processus de déveloippement de cette discipline qui vraiment très mal connue dans notre pays.
Rachid BOUKRAA
Mon Email: boukraa_rachid@yahoo.fr boukraa.rachid@caramail.com
publié par Rachid Boukraa dans: apalgerie